Principes généraux (certaines spécifictés peuvent apparaître en fonction des ASP)

 

Le service des arrosages doit être permanent de mars à octobre. La période de chômage (novembre-février) est réservée aux travaux d’entretien et de modernisation du canal.

 

La distribution de l’eau est réalisée au tour d’eau. La périodicité des arrosages est de 10 jours pour les prairies (ou 10 jours et demi, pour alterner l’arrosage de jour et l’arrosage de nuit) et de 5 jours pour les cultures maraîchères (ou 5 jours un quart). Dans ces conditions, la durée d’arrosage d’un hectare est de l’ordre de 4 à 5 heures, pour la prairie, et de la moitié pour le maraîchage.

 

Les eaux distribuées aux prises sont véhiculées par des fossés ou filioles, qui pour la plupart se terminent dans un fossé d’assainissement. Les filioles sont le plus souvent collectives et desservent parfois plus de 50 arrosants. Il existe aussi quelques filioles privées desservant de grands domaines.

Sur les filioles collectives, les plus nombreuses, les usagers arrosent au tour d’eau, l’un après l’autre ; la filiole étant alimentée en permanence au moins pendant la saison de plein arrosage. Ainsi, les arrosants usent des eaux pour leurs besoins « de degré en degré, chacun pour son rang, suivant la pente ou l’eau pourra dériver ». Pour l’exécution de cette disposition, il est établi un calendrier d’arrosage fixant les jours et heures où chaque martelière débitera l’eau qui lui est due. Les arrosants reçoivent l’eau par une ou plusieurs martelières placées sous la surveillance des gardes canaux chargés de faire respecter le calendrier.

 

Aux termes d’un jugement du Tribunal de Tarascon en date du 20 mars 1884, confirmé par arrêt de la Cour d’Appel d’Aix en date du 4 décembre de la même année, les martelières sont calibrées de manière à débiter 1,2 l/s hectare en débit continu. Les vannes à débit intermittent font l’objet d’un réglage spécifique en fonction des temps d’arrosage effectifs.

Le débit attribué à chaque prise est égal au produit de la surface desservie par la filiole, par le débit fictif de 1,2 l/s. Chaque arrosant dispose à son tour de la totalité du débit pendant un temps proportionnel à la superficie qu’il a souscrite.

Le réseau de filioles s’est organisé au cours du temps de manière à regrouper sur chacune (et donc sur chaque prise) une surface comprise entre 30 et 120 hectares, de manière à constituer un module, ou main d’eau, d’une valeur comprise entre 36 et 144 l/s.

 

En cas d’insuffisance des eaux (pénuries en Durance, restrictions de la Commission Executive de la Durance), le volume attribué aux arrosants peut être réduit sur l’initiative du Bureau Syndical d’un ou plusieurs dixièmes.

 

Les arrosants étant usagers des eaux pour leurs propres besoins ne peuvent ni se servir des eaux abandonnées par les arrosants supérieurs en dehors des jours qui leur sont assignés, ni céder à des tiers les eaux à leur disposition. Il leur est interdit de laisser écouler l’eau dans les coussouls, de la déverser sur les chemins ou de la jeter dans les marais. De plus, ils sont obligés d’entretenir en bon état les bassins accédants aux déversoirs de mesures de débits. Ces derniers doivent être débarrassés de tous dépôts qui auraient pour conséquence d’exhausser le fond et de fausser ainsi le débit déversé. Dans leur intérêt, les arrosants doivent aussi entretenir en bon état les fossés intérieurs pendant toute la saison d’arrosage et sur tout le parcours.

 

Les prairies sont irriguées au calant, les cultures arboricoles et maraîchères à la raie. Dans les deux cas, les eaux sont amenées à la partie la plus élevée de la parcelle par une rigole en terre dérivée de la filiole de transport. En bas de parcelle, un fossé d’assainissement recueille les eaux de colature.

Le calant, qui est le mode typique d’irrigation des prairies provençales, est une bande de terrain rectangulaire, dont l’axe longitudinal est implanté selon la ligne de plus grande pente. Les dimensions des calants sont variables, en fonction des impératifs de morphologie du terrain ; d’une manière générale, leur longueur est comprise entre 100 et 300 m, leur largeur est de l’ordre de 60 m. Les bourrelets séparatifs s’arrêtent à environ 2 mètres du fossé de colature de bas de parcelle, pour que l’eau d’un calant puisse passer sur les calants voisins plutôt que de se perdre dans le fossé. L’eau est déversée à la partie supérieure du calant, soit à partir de petites coupures assez rapprochées effectuées dans la rigole, soit par simple débordement, provoqué par fermeture de vannes manuelles transversales. Cette eau, guidée entre les bourrelets, ruisselle sur toute la surface de la planche, qui n’a pas de pente transversale, pour assurer une nappe de hauteur constante sur tout le front de déferlement et obtenir un déplacement uniforme de ce front.

Quelquefois, la distribution de l’eau est complétée par des rigoles perpendiculaires à la rigole de tête et placées entre deux calants. Ce dispositif assure une bonne irrigation de la partie inférieure des calants, sans surcharger la partie supérieure.

L’arrosage à la raie ou au calant nécessite une grande pratique de la part de l’arroseur. L’arrêt de la distribution d’eau doit en effet se faire avant que le front de la nappe ait atteint l’extrémité aval du champ, en général aux 4/5 de la longueur, de façon à limiter les pertes par écoulement. Cet arrosage est relativement contraignant, car la conduite de l’eau nécessite une présence quasi constante pendant l’arrosage, lequel peut avoir lieu de jour comme de nuit.

 

C’est pourquoi l’irrigation gravitaire est plus chère qu’il peut paraître à priori. Il faut en effet ajouter au prix d’achat de l’eau, considérée à la prise sur le canal, les frais d’entretien annuel des fossés (faucardage, curage) et les frais de main d’œuvre (dont heures de nuit), sachant qu’un arroseur à plein temps est indispensable à partir de 70 hectares.

 

 

 

Comment est distribuée l'eau gravitaire? Qu'est-ce qu'un "tour d'eau"?